Samba um dia, samba sempre

Samba um dia, samba sempre

Au delà des paillettes, une danse, un style : la samba

Voici un article que j'ai trouvé sur EVENE.FR, que j'ai trouvé intéressant et que j'avais envie de partager.

Au-delà des paillettes

UNE DANSE, UN STYLE : LA SAMBA

Source : Aurélie Louchart pour Evene.fr - Février 2009

 

Chaque année, au mois de février, le plus grand carnaval du monde fait battre le coeur du Brésil. 700.000 personnes en moyenne assistent aux défilés de Rio et, de Hanoi à Paris, tout le monde peut voir les images de ces danseurs de samba costumés. Aucune danse au monde ne connaît une telle médiatisation et, pourtant, la samba reste paradoxalement très mal connue.

 

 

Alors qu'il y a quelques années, trouver un cours de samba en France relevait du challenge, aujourd'hui, en réponse à une demande grandissante, l'offre s'est très nettement élargie. L'année du Brésil en France, en 2005, a tout changé. Comme l'explique Alessandra Cabral, professeur de danse, chorégraphe et fondatrice de l'association Allez Samba : "Le nombre d'adhérents augmente tous les ans d'au moins 10 à 20 %. En 2004 j'avais une trentaine d'élèves, aujourd'hui, j'en ai 250." Mais la samba demeure encore assez confidentielle en Europe. Il n'y a pas de diplôme d'Etat pour ses professeurs, ni de compétitions pour ses pratiquants. (1) Pour le commun des mortels, lorsque la samba n'est pas confondue avec la salsa, elle évoque globalement une fille passablement dévêtue qui danse sur un char pendant le carnaval de Rio.

 Une vision déformée

Rien de plus normal, puisque c'est à peu près tout ce que l'on montre en Europe des carnavals brésiliens. Ces filles, les passistes, sont pourtant loin d'être représentatives du carnaval : "Elles ne rassemblent pas plus de 10% des personnes qui défilent. C'est malheureusement la marque qu'on a exportée du Brésil donc on met de plus en plus en avant ces femmes complètement nues." Le foot, les filles dénudées et la samba : voilà les images qu'on a du Brésil. Alessandra Cabral raconte que le football est en effet une passion commune à tous les Brésiliens mais que pour le reste, il s'agit plutôt de clichés : "Beaucoup de gens croient que tous les Brésiliens savent samber, mais c'est faux. C'est comme dire que tous les Français dansent le french cancan ! En réalité, il n'y a qu'une infime partie de la population qui sambe." Le Brésil est un pays immense : 17 fois la surface de la France. Autant dire que les pratiques varient beaucoup d'une région à l'autre. Si les Brésiliens ont en commun l'amour de la danse, ils ne pratiquent pas tous la même. Alors qu'à Rio, la samba est très répandue, dans le Nordeste, on danse le coco, le malakatu et le forro : "A l'intérieur du Brésil, il y a des endroits où ils n'ont jamais vu quelqu'un danser la samba."


Fédérer les Brésiliens

 

Alors pourquoi cette danse est-elle malgré tout le symbole de l'ensemble du pays ? Une volonté politique se cache derrière cette prééminence. Dans un pays de cette taille, il était nécessaire de fédérer le peuple autour de certains éléments pour que le pays n'éclate pas. Dans les années 1930, "l'époque est à l'invention de la nation et à la découverte émerveillée du génie de son peuple". (2) Le gouvernement Vargas cherche des éléments fédérateurs pour la construction d'une identité brésilienne commune et l'affirmation d'une image positive du Brésil à l'étranger. Jusque-là méprisée pour ses liens avec la communauté noire - elle était même interdite au début du XXe siècle -, la samba est alors prise comme modèle de réussite du métissage. En 1935, le carnaval est officialisé et le gouvernement de l'Etat de Rio ouvre les portes de son théâtre municipal aux bals de carnaval. Un an plus tard, le département de propagande du gouvernement organise une édition spéciale de son émission de radio pour l'Allemagne nazie avec qui il entretient encore des liens amicaux. Le thème est la samba : la danse représente désormais la culture brésilienne dans les relations internationales. (3) Par la suite, les communistes brésiliens érigeront aussi la samba comme élément clé de l'identité brésilienne (et de la lutte des classes). Près de 80 ans plus tard, l'intégration de cette danse comme symbole du Brésil dans l'imaginaire collectif a tellement bien fonctionné qu'un Brésilien qui ne sait pas samber est montré du doigt.

 

Une danse de pauvres

Pourtant, à l'origine, la samba était uniquement dansée par les couches les plus populaires de la société. Les élites du pays étaient peu familières de cette culture de la favela et auraient plutôt rougi d'être vues s'adonner à cette danse. Mais avec l'engouement international pour le carnaval à partir des années 1990, les classes supérieures ont voulu se mettre à samber, "et là, elles se sont rendu compte qu'elles ne savaient pas le faire". Comme le hip-hop, la samba est une danse de rue. L'apprentissage se fait naturellement, en regardant une cousine, un oncle, une personne plus âgée danser et en les imitant. Pas de cours, ni d'école. (4) Difficile donc de danser la samba si on n'a pas baigné dans un environnement où tout le monde sambe déjà. Depuis une quinzaine d'années, des écoles de samba ont donc commencé à développer une méthodologie d'apprentissage pour répondre à la demande des élites et des étrangers qui souhaitent défiler.

 

Quand les plus pauvres deviennent rois

Les Brésiliens des favelas, jusqu'alors méprisés, détiennent désormais un savoir que les élites n'ont pas. Ce sont aussi eux qui préparent le carnaval tout au long de l'année. De ce fait, lorsque les Brésiliens des beaux quartiers participent aux défilés, ils obéissent aux ordres des habitants des favelas. Ce renversement de situation a un impact sur le regard porté sur ces quartiers. Dès les débuts du carnaval, le ton des journalistes change : "En étant apparemment une chose qui rend la ville plus laide, la favela a aussi sa beauté (…). C'est le laboratoire musical de Rio, le versant où le Carioca va chercher tous les sons qu'embellissent son carnaval." (5) Les habitants des quartiers défavorisés se réapproprient leur image au travers des textes de samba, qui parlent très souvent des favelas, et du carnaval, chaque communauté se montrant sous le jour qui lui plaît au travers de la thématique de spectacle choisie. La chercheuse Paola Berenstein-Jacques l'a prouvé : l'histoire de la samba et des favelas vont de pair, la valorisation de l'une entraîne celle de l'autre. (6)

 Un moteur de changement social

La samba et le carnaval permettent même aux populations défavorisées de s'affirmer plus ouvertement sur la scène nationale. Ainsi, le bloc carnavalesque de la favela noire de Liberdade, Ilê Aiyê, s'est peu à peu transformé en une composante centrale du mouvement noir bahianais. Un peu plus de trente ans après sa création, Ilê Aiyê est devenu un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics et une association qui anime un programme d'aide aux enfants des rues, parmi de nombreuses initiatives. Dans la même veine, à Rio, le groupe culturel AfroReggae travaille depuis une dizaine d'années dans la favela de Vigaro Geral. Cette association créée par des habitants du quartier a commencé par détourner les jeunes des gangs avec quelques cours de percussions et de danse brésilienne. Aujourd'hui, AfroReggae c'est soixante-dix projets dont dix groupes de musiciens, des troupes de cirque, des documentaires, une station de radio et un défilé de mode à la Sao Paulo Fashion Week. L'association intervient aussi dans les prisons et a fait des émules dans une favela voisine.

 

De simple danse et musique régionales, la samba est devenue un élément de cohésion sociale à l'échelle locale, comme nationale. A l'international, elle offre du Brésil l'image d'un pays de sourire et de fête malgré son taux de criminalité parmi les plus élevés au monde. Au Brésil, un dicton populaire raconte que "tout finit toujours en samba". Dire que "tout commence toujours avec une samba" serait peut-être plus approprié.

 

(1) Il existe bien une épreuve de samba dans la catégorie danses latines en danse de compétition, mais elle ne ressemble à aucune danse brésilienne.

(2) Michel Agier, 'Samba, la politique et la transe', in 'Danse latines, le désir des continents', éditions Autrement, 2007.

(3) Paola Berenstein-Jacques, 'Les Favelas de Rio, un enjeu culturel', éditions L'Harmattan, 2001.

4) Les écoles de samba dont on entend souvent parler lors du carnaval ne sont pas des écoles au sens français mais des rassemblements de personnes d'un même quartier qui vont défiler ensemble lors du carnaval.
(5) Revue
Careta, 5 janvier 1935.
(6) Paola Berenstein-Jacques,
'Les Favelas de Rio, un enjeu culturel', L'Harmattan, 2001.

(7) Idem.

 

 



18/03/2009
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